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par | Fév 20, 2022 | Rap français

Pourquoi le discours de SCH aux Victoires était-il important ?

Max

Rédigé par Max

La 37ème édition des Victoires de la musique s’est tenue le vendredi 11 février 2022 à La Scène musicale. Comme à l’habitude, la cérémonie est toujours très critiquée, notamment pour son manque de considération envers le rap français. Explications.

Cette cérémonie fut l’occasion de récompenser de nombreux artistes, à l’image d’Angèle, Orelsan ou encore Clara Luciani. Le rappeur caennais a d’ailleurs remporté trois distinctions (dont le titre de l’album masculin de l’année).

Toutefois, c’est le rappeur marseillais SCH qui a fait parlé de lui pour son discours après sa Victoire de l’album masculin le plus streamé pour JVLIVS II.

SCH salue les grands absents de la soirée

Sacré par le public pour JVLIVS II, le rappeur marseillais a adressé un message fort pour les grands oubliés de cette cérémonie et regrette le peu de place accordé au rap français dans cette cérémonie. « Merci de m’octroyer cette chance (…). C’est une chance dont un bon nombre de mes collègues dignes de présence ce soir, ne serait-ce qu’honorifique, ne pourront profiter » a-t-il déclaré. « Je vous l’avoue, je suis un peu gêné ce soir de tenir cette Victoire-là dans mes mains, sans les avoir ici assis en face de moi, ces grands messieurs qui auraient mérité tout autant que les artistes ici présents de célébrer leurs victoires de la musique » a-t-il poursuivi.

Un bel hommage pour les artistes qui ont fait le rap français en 2021 : « je voudrais saluer Gazo, Oboy, Naps, Laylow, pour ses deux Bercy remplis en presque 24 heures, je voudrais saluer aussi Jul qui a réuni les deux capitales du rap français cette année, je voudrais saluer Soso Maness, et je voudrais aussi saluer Ninho, l’homme aux certifications« .

Le rap et les Victoires, un désamour bien encré

Février 1999, le fosée se creuse entre le monde du rap et celui des Victoires. Les marseillais d’IAM débarquent sur la scène de la 14ème édition des Victoires de la musique, cagoulés en tenues noires pour interprêter Independenza, accompagnés de figurants en treillis. Face à eux, on observe un public peu réceptif et déconcerté par ce qu’ils sont en train de voir.

En 1999, le rap a sa propre catégorie, baptisée « album rap ou groove de l’année », qui deviendra « album rap ou reggae » en 2000. Puis « album rap ou hip hop » en 2002, « album rap ou r’n’b » en 2005. Et enfin « musiques urbaines » en 2007. Nommé en 2009, Kery James dénonce une dénomination « fourre-tout, une immense paella un peu indigeste » et boycotte la cérémonie. On ne peut que donner du crédit aux propres du parisien tant le mépris pour ce genre de musical se fait resentir. 

Au-delà de la simple dénomionation, les nominations dans cette catégorie font également parler. En 1999, les Victoires de la musique couronnent le groupe Manau face à NTM, MC Solaar, Stomy Bugsy et Ärsenik. « C’est un message clair adressé au rap :’Vous n’êtes pas les bienvenus’. Même Manau était gêné de remporter ce prix » se souvient le journaliste Olivier Cachin. 

En 2011, les organisateurs des Victoires vont jusqu’à diviser la cérémonie en deux. Une première partie à Lille pour les révélations et les musiques urbaines, et une seconde à Paris pour les artistes confirmés. Booba refuse de se rendre à la soirée et dénonce dans un communiqué une « délocalisation des musiques dites spéciales et des révélations » qui « témoigne de Victoires de la musique à deux vitesses« .

Finalement, Les Victoires ne se sont jamais cachés puisque, depuis les origines de la cérémonie, le rap n’est pas le bienvenu et ne le sera jamais. 

Une tentative (hypocrite) de rapprochement ces derniers années

Depuis quelques temps, les Victoires de la musique tentent un rapprochement avec le rap. En 2018, Orelsan est reparti avec trois trophées, BigFlo & Oli est récompensé pour son titre Dommage et MC Solaar remporte le prix de « l’album de chansons ». Toutefois, lors de cette édition, les absences de Booba et Damso font polémiques, en raison de leur succès commercial. En 2019, la 34ème édition sacre le belge Damso, comme s’ils s’étaient sentis obligés de se rattraper…

On rappellera quand même que Damso avait fracassé la cérémonie dans un de ses titres, « J’t’aime pas comme les Victoires de la musique.« . Avant de préciser dans son discours de remise de prix « Là où j’ai fait preuve de colère, vous avez su faire preuve d’ouverture d’esprit« .

Cependant, les nommés aux Victoires de la musique sont loin de refléter la diversité du rap. Le temps passe et les listes de sélectionnés se ressemblent… « Les maisons de disques choisissent stratégiquement qui elles envoient » selon Yerim Sar, on retrouve donc les mêmes rappeurs : Nekfeu, Orelsan, BigFlo & Oli, Lomepal, …

Un mal bien plus profond ?

C’est assez révélateur de voir que les artistes récompensés sont toujours des artistes blancs, notamment des rappeurs blancs avec une image de bon garçon. En effet, au-delà du rap, même dans les autres catégories les artistes de couleur sont les grands absents de la soirée. « Aya Nakamura est la seule non-blanche qui y figure (dans la liste des nominés). Cette dernière n’a pas été choisie par le jury mais bien par le public pour le prix de ‘l’album le plus streamé’« , explique un visuel partagé par la journaliste Rokhaya Diallo.

Comme d’habitude, la musique « urbaines » est la grande oubliée de cette cérémonie (leur présence étant dûe uniquement au public et non au jury de professionels). Pourtant son succès, et celui du rap particulièrement, est colossal. Orelsan a été triplement récompensé, certes, mais SCH et Aya Nakamura doivent se contenter du prix de l’album le plus streamé. « Ces deux récompenses sont les seules qui n’ont pas fait l’objet d’un choix ou d’un vote (…) On reconnaît leur impact (celui des artistes), mais on n’est encore pas prêt à les élever comme producteurs d’une musique francophone de qualité« , affirme le média Yard qui évoque « une catégorie purement mathématique qui n’a aucun poids d’estime« .  

Les exemples sont nombreux : Grand Corps Malade, l’un des plus grands vendeurs de l’année passée, a été snobé par les organisateurs de la cérémonie. Le slammeur ne comprend pas vraiment : « Après l’année qu’on a faite, on est dans les meilleures ventes d’albums. On a une tournée, qu’on a déjà démarrée. On a plus de quarante Zénith, un Bercy d’ouvert. C’est vrai que c’est un peu notre année. Cette année-là, d’être complètement absent, de ne même pas être nommé dans aucune catégorie, on était déçu, c’est vrai« , a-t-il confié au micro d’Europe 1.  

Ninho s’est également exprimé dans une interview accordé au journal Le Parisien où il déplore le manque d’inclusivité aux Victoires de la musique : « Si j’étais invité, peut-être que je les regarderais. J’ai vendu 1,6 million d’albums, c’est à quel moment qu’on gagne une Victoire de la musique? Si vous avez un ami là-bas, dites-lui que ce n’est pas normal. Ce sont les Victoires de la musique qui nous ont virés. On attend des coups de fil, mais ils ne viennent jamais. Peut-être qu’ils arriveront à la fin de notre carrière, pour récompenser le tout”. L’artiste a reconnu l’exception Orelsan, qui a tout raflé avec son album Civilisation, tout en précisant « Ce n’est pas notre monde parce qu’on en est exclus. Je ne sais pas quel document il faut donner pour être accepté. Orelsan, qui est carrément mon ami, a le papier pour y aller. Le fait qu’il vienne de Caen, c’est peut-être ça la différence. L’Île-de-France n’est peut-être pas conviée« . Pour rappel, Orelsan lui même pointe du doigt ce manque d’inclusivité en expliquant avec le sourire que ses origines caennaises étaient peut-être la clé pour remporter des Victoires. 

« J’en ai rien à foutre des Victoires de la musique, c’est un vieux monde »

Difficile de contredire les propos qu’a tenu Vald en 2018. Une Victoire de la musique, pour quoi faire ? « Depuis l’apparition du streaming, les rappeurs n’ont plus besoin des émissions télévisées et des grandes cérémonies comme les Victoires » pour Olivier Cachin. 

Le discours de SCH arrive pile au bon moment puisqu’il a permis de mettre en lumière le manque de considération de la cérémonie pour le rap français. Mais ce n’est pas tout puisque Yard, Booska-P et Smile ont annoncé la création d’une cérémonie des cultures populaires, Les Flammes, quelques jours plus tard. « Que ce soit Yard, Smile ou Booska-P, on s’efforce d’élever notre culture à travers nos activités depuis des années. Allier nos forces pour cette cérémonie représente la concrétisation de nos ambitions. Personne n’est mieux placé que nous pour réaliser un tel projet ! Un moment donné, il faut arrêter de se plaindre de notre place au sein de cérémonies telles que Les Victoires de la Musique ou les NRJ Music Awards et faire les choses par nous-mêmes. Nos trois entités sont ultra-puissantes dans chacun de leur domaine, si on arrive à fédérer autour de nous tous les acteurs majeurs de cette culture et la communauté qui la porte, on parviendra à faire quelque chose de grand ensemble ! » déclare Hamad, co-fondateur de Booska-P, dans un entretien accordé à Ventes Rap

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