CHRONIQUE : Tuerie, l'histoire d'un garçon triste

par | Juil 10, 2023 | Chronique, Rap

CHRONIQUE : Tuerie, l’histoire d’un garçon triste

Paul

Rédigé par Paul D.

Après plus de deux ans d’absence depuis la sortie de Bleu Gospel, l’artiste originaire de Boulogne Billancourt a signé son grand retour avec un nouveau projet intitulé Papillon Monarque.

Accompagné de Fifou pour la création d’une chaude et sublime couverture, Tuerie se présente seul face à lui-même et ses émotions.

Qui est Tuerie ?

Signé dans le célèbre label Foufoune Palace créé par Luidji, Tuerie se distingue par sa forte personnalité auprès du grand public. Décrit comme étant un artiste, parolier, chanteur et rappeur, tous ses termes soulignent la polyvalence et l’ouverture artistique qui l’accompagnent au quotidien. Étant petit, il écoutait avec sa mère, du jazz, du Michael Jackson, du Prince ou encore du Tupac. La musique a toujours fait partie de lui. 

Carte d’identité de Papillon Monarque 

Composé de neuf morceaux dont un en featuring avec Hedges, ce projet nous accompagne pendant une durée de vingt-six minutes.

Décrit par Tuerie comme étant le symbole de sa métamorphose personnelle, il est synonyme de liberté, de continuité de l’existence et le cycle d’une vie. Au travers de cette description et un magnifique teaser réalisé par Steve Norel, on peut ressentir toute la volonté de l’artiste de présenter sa transformation et son avancée personnelle depuis la sortie de Bleu Gospel.

De plus, le papillon peut aussi signifier une protection céleste. L’âme d’un proche décédé souhaitant nous protéger, il peut être décrit comme un messager de l’au-delà. L’autre signification du papillon dans une maison, est celle de l’existence de la vie après la mort et de l’immortalité de l’âme. Le fait que Tuerie se présente sur la pochette en compagnie cet insecte sur son bras droit, marque la protection divine de ses proches ayant quitté ce monde.

CHRONIQUE : Tuerie, l'histoire d'un garçon triste
CHRONIQUE : Tuerie, l'histoire d'un garçon triste

Tuerie : un homme rempli de traumatismes

Pour débuter cette nouvelle chronique plus que palpitante pour ma part, l’introduction plante le décor d’un projet digne d’une thérapie personnelle. Rentrons sans plus tarder dans le cœur de Papillon Monarque.

« C’est l’histoire d’un garçon triste » : les propos sont clairs. Dès l’introduction, Tuerie se présente comme un chef d’orchestre accompagné d’une instrumentale rappelant une comédie musicale. À travers ce premier morceau, on peut déjà ressentir toute la pression qu’il porte sur ses épaules. En effet, l’aspect financier est l’un des thèmes récurrents que l’on retrouve sur les neuf titres. Selon lui, la réussite d’un artiste doit se traduire par une richesse obtenue via le processus créatif construit autour de sa posture de chanteur/rappeur.

En surplus, cette contrainte se démarque un peu plus avec le fait que son fils commence à prendre goût à la musique. On peut en déduire toute la crainte qu’un père peut avoir en souhaitant mettre en garde sa progéniture de tous les sacrifices que l’on doit faire et endurer lorsque l’on devient une personnalité publique et/ou un artiste.

Ces premières inquiétudes ne laissent en effet, aucune fleur à l’interprète. Faisant face à ses différents tourments, il envie les gens libres et mentalement stables. Dans Numéro Vert, toute l’instabilité qui l’habite est retranscrite au détriment de sa croyance en Dieu. Le refrain chanté par Hedges est répété et contrasté oscillant entre douceur et fatalisme. Plusieurs éléments mènent à penser qu’il a pour objectif d’être une réponse divine face aux situations compliquées vécues par l’artiste.

Effectivement, « Personne t’entend crier, personne va te sauver, personne va prier pour toi » se rapproche d’une prière chantonnée par une chorale. Le message derrière est beaucoup plus profond que ça. Il cherche à faire réagir l’artiste qui est lui seul, maître de sa propre vie et qu’il ne faut pas attendre des autres pour qu’une main bienveillante te vienne en aide.

Continuons de progresser et de rechercher d’autres ecchymoses dans le projet. 

Dans Là où on dort heureux, on peut décrypter toute la douleur de Tuerie sur la perte d’une figure parentale. À travers ce morceau rempli d’émotions, on y retrouve un certain adoucissement de cette disparition au milieu d’un flow calme et serein. De plus, en ce qui concerne la construction du morceau, le refrain déclame le manque d’un être, prend la quasi-totalité de ce 8ème track. Mon imagination me transporte auprès de l’artiste assis au pied de sa tombe. Je le vois chanté ce morceau qui lui est dédié tout en ressentant les émotions qui l’emportent intérieurement. Ces 2 minutes et 13 secondes sont en réalité un beau et véritable hommage.

Tuerie : un homme prévenant et rempli d’expériences

Entre ses différents traumatismes, mon envie est d’aller à creuser sur la manière dont Tuerie réagit face à ces tourments.

Débutons avec le morceau G/Bounce qui est pour ma part, le plus avenant sur cette seconde partie. Cette notion de contrepied se fait ressentir avec l’envie de l’artiste d’exposer l’imagerie que l’on peut poser sur les hommes dans la société. Effectivement, il y présente dans un premier temps, chaque « bêtise » que l’on a pu commettre étant adolescent : premier joint, découverte du porno, … En parallèle, il y a un message qui cherche à faire réagir la jeunesse par rapport aux préjugés sur l’homme en général.

« J’croyais qu’j’avais b’soin d’un gun, pour être un g » dans ces lyrics, Tuerie veut faire comprendre entre autres que porter une arme sur soi ne nous définit pas comme un être viril et fort. En découle sa révolte dans la seconde partie du morceau qui est beaucoup plus agressive et percutante. Cette réaction face à ses expériences passées décrit toute la rage qu’il a accumulé durant toutes ces années. Néanmoins, le fait qu’il ait toujours foi en Jésus et la naissance d’un être lui apportent chez lui, un certain apaisement face à ses colères.

Dans Reconnu sans être riche, Tuerie fait un constat entre sa notoriété et l’argent qu’il a pu amasser avec sa musique. Ce morceau est une mise en garde pour les jeunes artistes qui se lancent dans la musique. Il mène à réagir sur le fait que la notoriété est un point important mais que derrière, l’aspect financier doit suivre son cours : « Parler à Lous and the Yakuza en DM, sans pour autant rouler dans une BM ».

Il a d’ailleurs prévenu des artistes tels qu’Houssbad sur la manière dont le public allait l’apprécier tout au long de sa carrière musicale. Il souhaite lui rappeler que le monde n’est pas si bienveillant et qu’il pourrait du jour au lendemain lui tourner le dos. Cette mise en garde est peut-être dure à entendre au premier abord, mais il ne se trompe en rien sur la manière dont il faut prendre ces nouvelles relations avec ce statut d’artiste. 

Après ses nombreuses préventions sur la notoriété et la richesse, il m’a semblé important de s’attarder sur un dernier morceau. Dans Handicap Match, le sujet tourne autour de la ségrégation qu’il a pu subir depuis sa naissance. Cependant, le titre reste en effet réaliste, mais cette ségrégation ne traduit pas totalement la façon dont Tuerie la combat. Cette injustice se traduit comme une force et en plus de cela, il n’hésite pas à aller dans le vif des atrocités que les personnes noires ont pu subir : « j’fouette les prods comme esclavagiste près de la plantation » pour accentuer la puissance de ces dires.

On le sent tellement engagé qu’il mentionne cet «handicap » comme une arme destructrice et motivante qui peut tout rafler sur son passage : « RIP Nipsey, merci pour la motivation ». Pour décrire sa différence comme grandiose, le morceau possède un aspect comparable à une interprétation de rockstar.

Conclusion sur Papillon Monarque

Pour terminer ce bel article, comment ne pas partager cette joie de pouvoir écouter ce nouveau projet de Tuerie après une longue absence.

Les 8 titres s’écoutent très facilement et sont particulièrement bien pensés. En effet, il n’a pas cherché à faire son auto-thérapie mais plutôt de partager entre autres, les clés pour que l’on se métamorphose aussi face à des traumatismes qui peuvent nous suivre au quotidien. 

Lui et la musique s’accordent parfaitement, ce projet souligne une fois de plus, l’humanité et la qualité artistique que nous propose l’artiste de Foufoune Palace.

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